LE MONDE ?

Le métro, Paris, 2013. © Gilles Walusinski

Qu’un enfant vienne au monde, rassurés du premier pleur nous attendons qu’il ouvre les yeux. Nous n’avons de cesse que d’éprouver l’énigme native de ce regard. Ce qu’il voit au juste nous ne le savons. Il n’analyse pas, pas encore, pas avant un certain temps. Il n’habite pas le temps que nous-mêmes avons oublié en cet instant qui pourtant nous accueille à nouveau dans l’histoire. Lumières, formes qui prendront couleurs, un peu plus tard, les paroles que nous prononçons à son adresse, qui sans doute à son oreille sont autant de chants… Il éprouve ce qui se donne, sans usage, ce n’est pas nous, pas encore, mais le monde.

 

Par ce sentiment de proximité le monde nous constitue dans notre présence primordiale. Il n’est ni vision, ni image[s].

Tutoyant les usages nous ambitionnons des livres. Nous : éditeur, et toujours lecteurs. La pertinence d’un livre s’accomplit dans la lecture qu’il appelle et met en œuvre. Un livre agit des circonstances qui sont autant d’informations : pour contingentes qu’elles sont, elles manifestent dans leur assemblage l’instance d’une germination qui nous requiert.

Sans doute les visiteurs que nous espérons – que vous êtes –  s’arrêteront-ils sur notre catalogue naissant. Chacun des livres publiés jusqu’à présent interroge, sur son objet et selon son mode propre, la question de la représentation dans son souci. Avec le mot souci, nous voulons indiquer clairement que nous ne pouvons envisager le livre comme un état clôturant : il est proposition d’un travail en ce qu’il est à l’œuvre.

 


Travail à l’œuvre depuis fort longtemps si l’on retient l’essai de Sophie Rébiscoul-Lavine concernant la « chose peinte » alors qu’elle précise que « … la pensée interroge le devenir de l’être humain toujours en un même lieu : au tableau, que le fait soit pictural ou non. »

Travail qui doit œuvrer dans des domaines tels que la photographie, dans ses modalités techniques et plastiques. Modalités également et éminemment juridiques, économiques, politiques (ces mots ne sont évidemment pas réservés), dès que l’on s’arrête sur le reportage photographique ainsi que l’aborde L’image, nécrose du reportage photographique.

Le chemin est façonné de nos pas, de nos risques aventurés, en prenant soin de la question soulevée, dans sa préface au Songe de Vaux, par Wamg Boganda : «… serait-ce si mauvaise lecture ou à ce point déformée que de prétendre qu’il y eut peut-être volonté délibérée, à défaut d’être énoncée par le poète, à laisser ces fragments sans le vernis de cohérence qui à tout jamais réifie ? »


DA TI M’BETI
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