Ramandji - librairie Michèle Ignazi

Le livre RAMANDJI Ceux d’ici, République centrafricaine

a été présenté le 9 décembre 2014 à la Librairie Michèle Ignazi, à Paris.

Une très courte présentation en a été faite :

 

«  Contrairement à ce que pourrait laisser croire la chronologie, ce livre n’est pas de circonstance. Encore moins opportuniste.

 

Même s’il est difficile, voire impossible dorénavant, d’évacuer ce qui se passe depuis deux années en RCA, ce livre se fonde principalement, cardinalement devrais-je dire, sur le séjour que Wamg Boganda, Benjamin et moi-même y avons effectué  en décembre 2008.

 

Ce séjour mérite donc d’être situé.

 

En amont deux repères :

 

Un voyage au Rwanda, en 2004, qui nous ébranla. Même à considérer que les situations de ces deux pays, Rwanda et RCA, ne sont comparables en rien, le bouleversement des instants alors vécus conduisit Wamg à s’interroger sur le risque qu’une telle situation puisse se développer en RCA.

 

En second lieu, le constat fait depuis longtemps que l’univers médiatique est enclin (euphémisme) à n’aborder la vie des êtres humains qu’en des circonstances qui les atteignent dramatiquement. Que ce soit pour des causes dites « naturelles », ou pour des raisons dites « politiques ».

 

En d’autres termes, l’empire des événements.

 

Nous avions décidé d’orienter notre travail, ou notre prisme, de l’organiser autour de « la vie ordinaire ».

 

La vie ordinaire !

 

Qu’est-il possible d’entendre dans une telle expression : la vie ordinaire ?

 

Nous étions bien conscients de la vanité d’une telle ambition si nous limitions notre entreprise à un exercice de désignation, si nous nous contentions de « montrer »… Montrer quoi ? Montrer à qui ? Nous courions le risque de notre arbitraire. Mais surtout, les personnes rencontrées alors couraient, elles, ce risque mutilant.

 

Enfin, nous savons trop l’importance de ce que nous nommons « regard », mot si souvent employé avec confusion.

 

Ce séjour de 2008 nous permettait de constituer un matériel, ou un matériau si vous préférez, photographique et sonore. Nous avions conçu dès alors la nécessité de retourner par la suite à Bangui, sur place, de livrer ce matériau (à l’économie : ficelles tendues entre des arbres, pinces à linge, etc.), ce « regard » devenu concret à la critique des personnes rencontrées alors. Bien sûr sans exclusive.

 

Critique : mot, au singulier comme au pluriel, qu’il faut entendre non seulement en tant que commentaires critiques, mais aussi en tant que disposition intellectuelle, que faculté de distanciation.

 

Critique(s) donc que nous voulions envisager d’intégrer, d’une manière ou d’une autre, au livre alors projeté. Peut-être aussi voulions-nous anticiper des invitations à poursuivre le travail, à creuser le sillon…

 

Donner chair à l’échange des regards, en quelque sorte.

 

Malheureusement…

Nous avons intégralement autofinancé le voyage de 2008. Nous espérions, ou plutôt nous escomptions être en mesure, financièrement, de poursuivre. Pour différentes raisons, ici sans intérêt, ce ne fut pas le cas.

 

Un mot sur la photo, étant le photographe de l’équipe : dans un tel projet, dans ce qu’elle (la photographie) a d’immédiat, elle est un moyen de contact pratique : contacts physiques, presque, aux moments où vous faites, prenez les photos ; contact aussi en ce qu’elles invitent, lorsque par la suite vous les montrez, à l’échange et à la parole. En RCA, le palabre est agora : en tout cas, nous avions cette idée en tête.

 

Une autre considération, au sujet des photos du livre cette fois : certains Centrafricains éprouveront peut-être une forme de nostalgie, au vu de ces photos et sous l’éclairage des événements récents. Pour ma part j’y détecte plutôt – à les regarder – aujourd’hui – la possibilité, la gravité d’une détermination pour un avenir.

 

Nous avons dû assister depuis 2012 à ce que nous savons.

 

Wamg Boganda a su nous convaincre, Benjamin comme moi, d’une parole nécessaire. »

 

F.B.

9 décembre 2014