Les mots

(aussi)

enferment

 

Du Rwanda

à la République centrafricaine.

 
 

 

 

J’ai séjourné au Rwanda en 2004. Je n’en étais pas un spécialiste. Je ne le suis pas devenu. Mais je fus suffisamment attentif pour entendre qu’un génocide résulte d’une mise en œuvre idéologique coordonnée avec une mise en ordre sociale et institutionnelle. Coordination conduite dans la durée avec obstination et méthode, rendant possible, autorisant, une lente maturation, des abandons, une accoutumance, c’est à dire l’intégration mentale de modes d’être et de penser qui, installés, durent.

Rien de tel en République centrafricaine, aujourd’hui, alors même qu’exactions et massacres ne manquent pas à son actualité récente, attisés par des intérêts particuliers à peine dissimulés. De la même façon, parler de conflit inter religieux paraît hors de propos mais condamne tout aussi sûrement à l’angle mort toutes perceptions vitales - déjà ça - quant aux réalités concrètes, sociale, économique, politique.

C’est le lit de l’urgence qui appela – toujours – l’intervention extérieure. Évidemment nécessaire, dans ce cas.

Urgence, nécessité. Couple malheureux. Couple malheureux voué aux malheurs des êtres humains. Mais aussi, couple pervers en ce qu’il entraine irrésistiblement sa propre logique, sisyphique.

Pervers aussi, j’en reviens aux mots, certains mots dont l’emploi, ourdi des meilleures intentions peut-être, peut n’avoir d’autre effet que de retendre les draps souillés de la cécité.

F.B. – 17 mars 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos © Francis Busignies - mai 2004

De haut en bas : Prison de Nyanza, Rwanda - Prison de Rilima, Rwanda - Prison de Rilima, Rwanda - Prison de Nyanza, Rwanda

 

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